Extraits du livre Gloses du Dr Pere Tarrés. Collection Els Daus 96, Éditions Claret.
Les trois gloses ont été écrites entre le mois d'avril 1932 et le mois de juin 1936.
Sur les organisations juvéniles
« Généralement, chez nous toutes les organisations naissent comme les champignons dans la forêt, tout le monde agit, tout le monde veut faire quelque chose, à son idée, mais sans réfléchir à la portée de cette action. Les gens se lancent rapidement et veulent tout englober, ils agissent partout en grande pompe, mais rapidement, le manque de conviction, de spiritualité profonde, celle qui est véritablement le moteur de tous les mouvements, le manque d'idéal bien défini par les dirigeants et les dirigés, font que ce qui avait démarré sur les chapeaux de roues se dégonfle rapidement et finit par disparaître dans un nuage de poussière ».
« Notre action extérieure doit être précédée d'une ferme préparation intérieure ».
Sur la vie des groupes
« L'activité humaine, quelle qu'elle soit, doit reposer sur deux fondements de base : la constance et la perfection ou l'amélioration progressive de ces actes ou disciplines que chacun s'impose ».
Sur les fractions et les individualismes
« Notre terre, nous le savons tous, a toujours été une terre d'individualismes. Tous les Catalans, nous avons, inhérent à notre être, un esprit de chapelle extraordinaire (...) et nous méritons bien que nous soit appliquée sur ce point concret, la phrase suivante : « l'homme est le seul animal qui trébuche deux fois sur la même pierre ». Nous avons suffisamment vu que les fractions et les individualismes ont conduit à la ruine des organisations magnifiques ; nous avons bien compris que dans la politique et dans toute discipline, quand l'esprit de chapelle fait surface, la désagrégation apparaît et, avec elle, les idéaux en tout genre disparaissent ».
Sur la direction
« Dans tous les ordres de la vie, on a toujours reconnu la supériorité technique ou scientifique des individus qui s'en sont rendus dignes dans les collectivités où ils ont agit et, ce qui est intéressant, c'est que cette caractéristique n'est pas seulement limitée à ce qui constitue leur travail, leur art ou leur profession, mais que cet individu est entouré de respect, d'admiration et d'autorité, ce qui influence souvent d'une manière décisive l'esprit de ceux qui l'entourent, dans des matières qui n'ont rien à voir, ni avec son travail, ni avec son art ou la profession qu'il exerce ».
Sur l'enthousiasme
« L'enthousiasme est la qualité essentielle indispensable dans toute organisation qui aspire à la conquête des masses. En ce qui concerne les organisations juvéniles, c'est un facteur inéluctable. Tous, quelle que soit la discipline exercée, s'ils se laissent transporter par l'enthousiasme, le fruit de leur travail est plus intense, plus admirable, plus digne. L'enthousiasme, c'est la vie, c'est l'amour, c'est l'audace, c'est le talent, c'est, en un mot, la puissance créatrice. C'est toute l'âme qui se manifeste brûlante d'idéal sous la domination de la raison ».
Sur la pédagogie de l'exemple
« Si les mots ne sont pas suivis par les actes, ils sont comme le son des cloches que le vent emporte. Si la vie, si les actes des hommes, ne sont pas en accord avec les idées qu'ils professent et défendent, c'est en vain qu'ils travaillent et qu'ils luttent pour défendre ce qu'ils affirment être leurs idéaux les plus nobles. C'est le moment des réalités et pas des paroles vides de sens. C'est le moment de se définir. Nous ne pouvons pas admettre les demi-teintes ».
Sur le sacrifice
« Le sacrifice constitue une arme puissante. Pour de nombreuses personnes, l'idée du sacrifice est associée à quelque chose de grave, de douloureux, de cruel, qu'il est impossible de pouvoir réaliser. (...) Ne voyez-vous pas comment l'homme cherche la commodité en tout, fuit devant la plus petite gêne, comment nous nous irritons devant la plus petite contrariété ? Combien de fois un sourire à une personne antipathique ou une humiliation subie avec joie nous valent-ils la conquête d'une âme qui ne se serait pas rendue à un morceau oratoire brillant couronné d'applaudissements mérités ».
Sur la gestion économique des groupes de jeunes
(...) « temps de croissance ; temps d'organisation ; dépenses extraordinaires ; les mois pleuvent, les factures tombent comme le crachin et les membres des groupes et des organisations sont peu habitués à cotiser. Dans ce monde, tout doit s'apprendre et l'organisation d'un groupe doit être étudiée soigneusement, car elle représente une des principales pièces de l'engrenage qui lui donne vie ».
Sur l'ambiance de travail
« Il existe deux catégories d'hommes qui travaillent : celle de ceux qui agissent de leur propre gré, sous l'impulsion irrésistible qu'ils sentent dans leur cœur, mus par l'amour généreux d'une discipline déterminée, par la passion du travail, de l'étude, de la science, en un mot, de l'action ; et ces hommes, en minorité, sont ceux qui constituent les génies ; et puis il y a la catégorie des hommes qui sont mus et animés par une seule force qui est précisément le travail et la réussite des premiers créateurs d'une école, d'une science, d'une organisation, des créateurs, à la recherche d'une ambiance qui réveille les consciences endormies et découvre des valeurs inconnues qui n'auraient jamais surgi dans la grisaille d'une vie ordinaire.
Et c'est évident dans tous les ordres de la vie. Dans un milieu scientifique, le travail de l'un stimule l'autre, les études et les découvertes, de quelque type que ce soit, créent une auréole, un nom, l'environnement d'une institution, quelle qu'elle soit, qui attire d'autres éléments qui, simplement, par le fait d'intégrer cette institution se mettent dans des conditions incomparables pour émuler les dirigeants dans l'étude de telle ou telle matière. Et cela devient un centre de production, industriel ou commercial ; à la tête d'une idéologie politique déterminée ou non ; à la tête de tout ce qui transcende la vie sociale ».
Sur la souffrance
« Aimer est le grand don de l'homme ; être aimé est son grand désir et jamais un homme n'a autant besoin d'être aimé que quand il ploie sous le poids de la douleur. Ce que ne peuvent pas faire les médicaments, pas même les traitements les plus énergiques, une parole aimable, un sourire doux, un geste affectueux y parviennent ».